Le choix de l’abstinence

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« Pénis, c’est juste un mot. Comme gâteau. Ou chat. Pénis. PÉNIS. PÉ-NIS. »

Je vois encore mes amies me regarder les yeux grands ouverts, et s’éloigner de moi rapidement, déterminées à mettre le plus de distance possible entre elles et moi. J’étais morte de rire. Mon intention était de les embarrasser et après avoir crié dans le métro, je peux dire mission accomplie. J’ai toujours été dérangée par le fait que les hommes peuvent parler de sexe librement, mais qu’à la fois, on s’attend des femmes à ce qu’elles chuchotent et baissent leurs yeux quand elles en parlent, si elles osent en parler. Ridicule.

Un gars m’a dit un jour que j’avais la bouche sale. LMAO right? « Je n’arrive pas à croire que t’es abstinente parce que ta bouche est vraiment sale. »
Je ne peux pas mentir, quand il m’a dit ça, je me suis sentie mal à l’aise et honteuse. Vous voyez, je ne me sentais pas sale, mais j’avais l’impression que je devais me sentir sale. On vit dans une société hyper sexualisée, mais cette hyper sexualisation ne cherche pas à satisfaire la femme, mais bien l’homme. En aucun cas la femme ne devrait penser, parler ou s’interroger sur la sexualité. La seule chose qu’une femme doit savoir sur le sexe, c’est comment satisfaire un homme (et cela peu importe son orientation sexuelle, ça, le patriarcat s’en fout).

On s’attend d’une femme active sexuellement qu’elle ne soit pas trop ouverte sur ses expériences sexuelles, qu’elle soit le plus discrète possible (parce que sinon c’est une hoe), et qu’elle soit paradoxalement  incroyable au lit. « Lady in the streets, freak in the sheets ».
À l’inverse, on s’attend d’une femme qui choisit l’abstinence, qu’elle reste « pure » jusqu’au jour où elle rencontrera son soi-disant prince charmant.

Je n’ai pas décidé d’attendre pour l’hypothétique prince charmant - ils sont tous misogynes de toute façon - . Attendre ne garantit pas le mariage. Attendre ne garantit pas l’amour. Attendre ne me garantit pas un happy ending.
La seule raison pour laquelle j’ai choisi l’abstinence, c’est pour pouvoir me rapprocher d’un être supérieur, pour pouvoir me rapprocher de mon Dieu. C’est une décision spirituelle que je peux affirmer assumer pleinement, du haut de mes vingt-trois ans.

Mais quel lien y a-t-il entre l’abstinence et la sexualité positive? Le lien réside dans le fait que cette décision s’avère être notre choix. Mon désir, pour toutes les femmes, est que nous reprenions le pouvoir sur notre propre sexualité. Pouvoir en parler, se questionner, se confier, partager sans aucun sentiment de honte. Mais comment faire?
Ça commence avec des discussions, comme celles que la plateforme The Woman Power a initiées. Le sentiment de honte, que les femmes ressentent quand elles font part de leur sexualité, est un conditionnement. On a honte parce qu’on nous a enseigné à avoir honte. Comme ce conditionnement s’est construit à travers plusieurs années,  il n’est pas facile de s’en défaire. Une discussion à la fois, on y parviendra. Que ce soit durant un sisterhood talk, ou une simple discussion entre amies, on pourra reprendre notre pouvoir une discussion à la fois.

Jusqu’à ce qu’on puisse tous et toutes librement crier le mot « pénis » dans le métro. Ou pas.

En autant qu’on ait le choix.

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Les opinions n’engagent que l’auteure.

Rédactrice: Rébecca Joachim

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Crédit Photo: Photographe, Bryan Wilkat et Directrice Artistique Marjolaine Bourdeau 

Réviseure-correctrice: Josiane Ménard