Quand je serai grande, je serai avec Jennifer

Jennifer Martinez

24 ans

Photographiée devant l’école secondaire Henri-Bourassa, Montréal-Nord

Quelle place occupait l’éducation dans ta famille ?

« L’éducation a toujours occupé une place importante dans ma famille. Malheureusement, je crois que c’est très dur en tant qu’immigrant d’aller au bout des choses. Arriver ici avec un bagage et devoir le laisser derrière pour tout réapprendre. C’est plus que de la nouveauté ; c’est carrément repartir à 0 (valeurs, culture, façons de faire, matière scolaire, langue inconnue...). Je crois que, pour cela, ma grand-mère a beaucoup espéré de moi : étant née ici, à Montréal, j’avais peut-être une plus grande chance de me rendre plus loin. »

Y a-t-il eu un modèle, un mentor ou une personne importante de ton entourage qui t’a aidée lors de ton parcours scolaire ?

« C’est difficile pour moi de dire que j’avais un modèle. Mes deux parents absents, j’ai été élevée par ma grand-mère. À elle seule, elle pouvait difficilement m’aider dans tout ce qui concerne le scolaire. En plus d’avoir l’espagnol comme langue primaire, elle a seulement fait un minimum d’études au Nicaragua, son pays natal : donc pas de formation au secondaire complétée et des méthodes d’apprentissage assez différentes d’un pays à l’autre. Par contre, elle a toujours été présente et a su me soutenir et me pousser à me forcer dans tout ce que j’ai entrepris, surtout à l’école. »

Quels ont été les effets de ton environnement sur ta scolarisation ?

« J’ai grandi à Montréal-Nord, secteur bien réputé pour sa dangerosité, sa pauvreté et son multiculturalisme (lol). Je crois que l’environnement a un grand rôle à jouer dans notre éducation et je suis fière de dire d’où je viens. Simplement parce qu’en grandissant dans “ce genre” d’environnement, on a un plus gros bagage, de plus grandes décisions à prendre à un plus jeune âge ; on voit plusieurs situations de vie, et c’est depuis beaucoup plus jeune qu’on choisit vers quelle voie on se dirige. Pourquoi ? Parce que papa et maman ne sont peut-être pas là pour nous guider, parce qu’ils sont préoccupés à travailler, parce qu’on grandit autour de mauvaises influences, la drogue, les gangs, la violence, parce que les profs sont là pour leur travail et n’ont pas grand espoir en leurs élèves, on nous pousse vers le chemin le “plus simple pour nous” (faire un DEP ou une FMS, par exemple), on nous prépare à “avoir juste assez pour nous en sortir” au lieu de nous pousser tout avoir. »